Au Nord Kivu et Sud-Kivu ; Le temps devient un allié pour structurer l’occupation, organiser une administration
👆🏿👆🏿👆🏿Carte blanche N°180
Cessez-le-feu : pause stratégique ou consolidation de l’agression ?
Les récentes résolutions de l’Organisation des Nations unies condamnant l’agression contre la RDC et exigeant le retrait du M23 marquent une évolution diplomatique significative.
Plusieurs puissances occidentales ont explicitement mis en cause le Rwanda, tandis que les USA évoquent des sanctions ciblées, y compris contre le président rwandais.
Dans le même temps, l’ Union Africaine , elle reste dubitative.
La plupart des pays africains observent une neutralité coupable.
La médiation conduite par l’Angola a, quant à elle, appelé à un cessez-le-feu.
Il faut reconnaître que la diplomatie du président Tshisekedi a contribué à faire évoluer le discours international.
Le conflit n’est plus présenté comme une simple crise interne congolaise.
Les responsabilités du Rwanda sont davantage évoquées et le langage diplomatique gagne en clarté.
Cependant, entre condamnation et contrainte, un fossé subsiste.
Les sanctions annoncées ne sont ni massives ni immédiates.
Aucune mesure structurelle majeure, embargo global, isolement diplomatique complet ou pression économique systémique n’a encore été enclenchée.
La communauté internationale semble avancer, mais à pas de tortue.
Dès lors, une question centrale s’impose : à qui profite réellement le cessez-le-feu ?
Un cessez-le-feu fige un rapport de forces. Or, aujourd’hui, des territoires de l’Est de notre pays restent sous occupation.
Dans ce contexte, une suspension des combats non assortie d’exigences claires et contraignantes offre plusieurs avantages au Rwanda et au M23.
Premièrement, le gel des lignes de front transforme des conquêtes militaires en positions stabilisées.
Le temps devient un allié pour structurer l’occupation, organiser une administration locale et banaliser une présence acquise par la force.
N’est ce pas le signe d’une stratégie d’enracinement ?
Deuxièmement, la réduction de la pression militaire interrompt une dynamique qui aurait pu fragiliser davantage les positions des envahisseurs. Sans pression constante, l’urgence diplomatique tend à s’atténuer.
Troisièmement, lorsque les armes se taisent, l’attention internationale se déplace.
L’histoire montre que le temps favorise souvent celui qui occupe le terrain.
Qu’est-ce qui aurait pu jouer en notre faveur ?
Si la dynamique militaire s’était poursuivie sous une pression diplomatique croissante, plusieurs évolutions étaient envisageables : une guerre d’usure défavorable à une rébellion dépendante d’un soutien extérieur ; une augmentation progressive du coût politique et économique pour Kigali ; une consolidation plus nette du soutien international à Kinshasa ; voire une reconfiguration du rapport de forces à travers une contre-offensive graduelle.
La combinaison d’une pression militaire soutenue et d’un isolement diplomatique accru aurait pu inverser la dynamique.
Le cessez-le-feu suspend cette trajectoire potentielle.
Rappelons que la RDC est l’État agressé. Ses territoires sont occupés. Sa souveraineté est violée.
Un cessez-le-feu qui ne s’accompagne pas d’un retrait effectif des forces d’occupation risque de consacrer une normalisation progressive du fait accompli.
La véritable interrogation est donc la suivante : ce cessez-le-feu prépare-t-il la restauration de l’intégrité territoriale ou institutionnalise-t-il une situation née de la force ?
Pourquoi n’est-il pas assorti d’un calendrier clair de retrait ?
Pourquoi l’exigence du désarmement du M23 n’est-elle pas immédiate et vérifiable ?
La communauté internationale progresse sur le plan discursif. Mais sur le terrain, le gel des combats profite mécaniquement à l’occupant.
Pour que ce cessez-le-feu serve réellement la RDC, il doit s’accompagner de sanctions effectives, de mécanismes de vérification rigoureux, d’un calendrier précis de retrait et de garanties concrètes de souveraineté.
Sans ces conditions, il ne sera qu’une respiration stratégique offerte aux occupants.

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