Les ADF ont changé des stratégies pour leur survie au Nord Kivu et en Ituri.

Les ADF ont changé des stratégies pour leur survie, les FARDC doivent aussi changer pour les neutraliser : le population ne doit plus financer sa propre insécurité (Tribune de l'honorable Kanzalinzali Gervais)


Le dernier rapport du Groupe d'experts des Nations unies met en évidence une évolution préoccupante de la menace que représentent les ADF dans l'est de la République démocratique du Congo. 


Affaibli par les opérations militaires et par la diminution de certains soutiens extérieurs, ce groupe armé ne disparaît pas. Il s'adapte.


Aujourd'hui, les ADF ne vivent plus uniquement des pillages ou des appuis extérieurs. 


Ils ont développé une véritable économie de guerre basée sur le population civile. Taxation illégale, rançons, travail forcé : les habitants des territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu sont devenus, malgré eux, les principaux financeurs de ceux qui les terrorisent.


L'existence de jetons de circulation comme « Dubius » ou de certificats de paiement imposés aux producteurs de cacao montre que les ADF tentent de se comporter comme une autorité parallèle. 


Là où l'État devrait garantir la sécurité et l'autorité publique, les rebelles imposent leurs propres règles en terrorisant la population par la violence. 


Cette évolution doit interpeller les autorités congolaises. La guerre contre les ADF ne peut plus être considérée comme une simple confrontation militaire. 


C'est également une bataille économique, sociale et psychologique. 


Tant que la populationbsera contrainte de payer pour survivre ou pour circuler, les rebelles continueront à disposer des ressources nécessaires pour acheter des armes, recruter et poursuivre leurs exactions.


Les opérations militaires menées par les FARDC et leurs partenaires restent indispensables. Elles ont permis d'affaiblir le groupe dans plusieurs zones. 


Mais elles doivent désormais être accompagnées d'une stratégie plus large visant à couper durablement les sources de financement locales des ADF.


Cela suppose notamment de renforcer durablement la présence de l'État dans les zones reconquises, de sécuriser les axes routiers et les activités agricoles, de protéger les producteurs contre les extorsions, de démanteler les réseaux de collecte des rançons et d'encourager les communautés à dénoncer les circuits de financement des groupes armés.


Il est également nécessaire de restaurer la confiance entre la population et les services de sécurité. 


Les habitants ne doivent plus avoir le sentiment d'être abandonnés face aux groupes armés. La sécurité doit redevenir une responsabilité pleinement assumée par l'État.


La victoire contre les ADF ne se mesurera pas seulement au nombre de combattants neutralisés. Elle se traduira surtout par la fin de leur capacité à vivre des souffrances de la population qu'ils terrorisent depuis de nombreuses années.


La RDC doit comprendre que les ADF ont changé de stratégie. Pour espérer les vaincre durablement, notre pays doit, lui aussi, adapter la sienne.


Honorable Kanzalinzali Gervais

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